Transférer un salarié en France : ce que les RH doivent savoir

Employees walking through the La Défense business district in Paris — relocating an employee to France

À qui s’adresse ce guide

Équipes RH, People, Rémunération et Mobilité internationale qui s’apprêtent à transférer un salarié en France — depuis les États-Unis ou ailleurs — en mobilité intragroupe, en détachement ou en embauche locale. Ce guide couvre les obligations de l’entreprise, la situation fiscale personnelle du salarié, et les décisions à prendre avant la date d’arrivée parce qu’elles ne peuvent pas être corrigées ensuite. Si vous êtes le salarié, consultez notre guide pour les particuliers : Résidents étrangers en France : optimiser sa fiscalité personnelle.

⚠ Avertissement. Informations générales, à jour à la date de publication. Il ne s’agit pas d’un conseil pour une mission donnée : les circonstances individuelles, la convention fiscale franco-américaine et l’accord de sécurité sociale franco-américain modifient la réponse. Parlez-nous avant d’agir.

Sommaire

  1. Commencez ici : trois décisions à prendre avant le premier jour
  2. Dans laquelle des trois situations êtes-vous ?
  3. La situation fiscale du salarié en France
  4. Le régime des impatriés : le levier que la plupart des équipes RH oublient
  5. Sécurité sociale : un système distinct, une décision distincte
  6. Transférer un salarié en France : ce qui retombe sur l’employeur, même sans entité française
  7. Actionnariat salarié (RSU, stock-options) : le sujet découvert trop tard
  8. Un calendrier sur lequel les RH peuvent s’appuyer
  9. Les cinq erreurs que nous voyons le plus souvent

Commencez ici : trois décisions à prendre avant le premier jour

La plupart des difficultés rencontrées lorsqu’on transfère un salarié en France remontent à une décision prise — ou non prise — avant le premier jour. Ces trois points méritent d’être remontés dès maintenant : deux d’entre eux se règlent bien plus facilement avant la prise de fonctions qu’après, et le troisième — le certificat de détachement — doit réellement être demandé à l’avance.

Décision Pourquoi cela se joue avant la prise de fonctions Coût de l’attentisme
Type de mission — mobilité intragroupe, détachement ou embauche locale Détermine la voie d’immigration, le régime de sécurité sociale applicable et l’entité employeur Réécrire une mission en cours de route coûte cher, et n’est parfois pas possible
Le mode d’exonération de la prime d’impatriation Deux voies. L’exonération pour le montant réel suppose que la prime figure distinctement — ou soit déterminable sur la base de critères objectifs — dans le contrat de travail, le mandat social ou un avenant établi avant la prise de fonctions. L’option forfaitaire de 30 % est ouverte même si le contrat ne prévoit rien : le régime n’est donc pas perdu Attendre ferme la voie du montant réel et vous laisse l’option forfaitaire, qui n’est pas toujours la plus favorable. Les deux voies restent limitées par la condition de rémunération de référence ci-dessous
Régime de sécurité sociale Le certificat de détachement se demande à l’avance ; il n’est ni automatique ni illimité dans le temps Cotisations versées dans le mauvais pays, puis régularisation dans les deux

Tout le reste de ce guide se corrige sans difficulté plus tard. Ces trois points méritent dès maintenant une heure d’attention de quelqu’un de senior.

Dans laquelle des trois situations êtes-vous ?

Les conséquences fiscales et de paie découlent de la structure retenue : nommez-la d’abord.

Mobilité intragroupe Détachement Embauche locale
Employeur Généralement l’entité française Reste l’employeur du pays d’origine L’entité française
Contrat Contrat français ou avenant Le contrat d’origine se poursuit Contrat français
Voie d’immigration Passeport Talent « salarié en mission » ou carte ICT, selon l’entité qui porte le contrat — voir le guide visa ci‑dessous Carte ICT ou détachement classique, avec déclaration préalable SIPSI Carte « salarié » ou Passeport Talent
Sécurité sociale Selon qu’un certificat de détachement est obtenu ou non Régime d’origine, si un certificat est obtenu Régime français
Régime des impatriés Ouvert si les conditions sont remplies Ouvert si les conditions sont remplies Ouvert si les conditions sont remplies — y compris en mobilité intragroupe sur contrat local

Les aspects immigration sont traités dans notre guide compagnon : Obtenir un visa de travail en France : le guide pour les salariés de groupes américains.

La situation fiscale du salarié en France

À partir de quand le salarié devient-il résident fiscal français ?

La France applique des critères de résidence fondés sur le foyer, le lieu de séjour principal, l’activité professionnelle et le centre des intérêts économiques — un seul suffit. Un salarié qui s’installe en France avec sa famille pour y travailler devient normalement résident fiscal français dès son arrivée.

La résidence est d’abord une question de droit interne français. La convention fiscale franco-américaine tranche ensuite les cas où les deux pays revendiquent la même personne, au moyen de critères de départage. Les deux tests ne sont pas identiques, et un salarié peut satisfaire l’un sans satisfaire l’autre.

L’année d’arrivée n’est pas une année comme les autres

L’année de l’arrivée, le salarié est en principe imposé en France sur ses revenus mondiaux à compter de la date de début de résidence, et sur ses seuls revenus de source française avant cette date. Trois conséquences pratiques pour les RH :

  1. Les données de paie doivent être scindées. Le préparateur du salarié a besoin des rémunérations ventilées avant et après la date de résidence, et d’un relevé des jours travaillés sur la période.
  2. La première déclaration française est déposée l’année suivant l’arrivée : le salarié traverse une longue période où rien ne semble se passer, suivie d’une déclaration plus complexe que toutes celles qu’il déposera ensuite.
  3. Prélèvement et impôt définitif coïncident rarement la première année. Fixez les attentes dès le départ, surtout sous une politique d’égalisation fiscale.

Ce que le salarié doit encore à son pays d’origine

Un salarié américain ne cesse pas de déclarer aux États-Unis. Les citoyens américains et titulaires de la carte verte déclarent leurs revenus mondiaux quel que soit leur lieu de résidence, avec en plus, le cas échéant, des obligations déclaratives sur les comptes et avoirs à l’étranger. La double imposition est atténuée par la convention et par l’exclusion des revenus gagnés à l’étranger ou le crédit d’impôt étranger — mais ce dégrèvement se réclame dans une déclaration ; il n’est pas automatique. Voir FEIE ou crédit d’impôt étranger et la déclaration FBAR pour les Américains en France.

Conséquence pour les RH

Un salarié américain a besoin de deux déclarations, et elles doivent être préparées de façon cohérente. Deux prestataires qui ne se parlent pas produisent immanquablement deux positions qui se contredisent.

Le régime des impatriés : le levier que la plupart des équipes RH oublient

C’est le point le plus précieux de cette page, et celui qui a une échéance.

Le régime des impatriés (article 155 B du CGI) exonère une partie de la rémunération des salariés recrutés à l’étranger pour travailler en France. Il s’applique aux personnes qui n’ont pas été résidentes fiscales de France au cours des cinq années civiles précédant la prise de fonctions, et qui deviennent résidentes fiscales françaises à cette occasion. Pour les prises de fonctions intervenues depuis le 6 juillet 2016, il court jusqu’au 31 décembre de la huitième année civile suivant celle de la prise de fonctions — une personne qui arrive en 2026 peut donc en bénéficier jusqu’en 2034.

Ce qui est exonéré : la prime d’impatriation — soit pour son montant réel, ce qui suppose qu’elle figure distinctement, ou soit déterminable sur la base de critères objectifs, dans le contrat de travail, le mandat social ou un avenant établi avant la prise de fonctions ; soit, sur option, à hauteur d’un forfait de 30 % de la rémunération nette imposable, ouvert même lorsque le contrat ne prévoit aucune prime. S’y ajoute la part de rémunération correspondant à l’activité exercée à l’étranger pour le compte de l’employeur, dans la limite des plafonds. Le bénéfice du régime est conservé en cas de changement de fonctions au sein de l’entreprise d’accueil et de changement d’employeur au sein du même groupe.

La condition qui s’applique aux deux voies

Quelle que soit la voie retenue, l’exonération n’est admise que si la rémunération restant imposable en France est au moins égale à celle versée au titre de fonctions analogues aux salariés de la même entreprise ou, à défaut de comparant interne, dans des entreprises similaires établies en France. C’est la rémunération de référence, et il appartient à l’entreprise de la déterminer, de justifier sa méthode et d’en informer le salarié. La condition est appréciée chaque année. En pratique, c’est elle qui limite l’exonération sur un package généreux au regard des rémunérations locales pour le poste.

Pourquoi les RH doivent s’en soucier, du point de vue de l’employeur

L’égalisation fiscale consiste à replacer le salarié dans la situation fiscale qui serait la sienne dans son pays d’origine : un impôt hypothétique de ce pays est retenu sur sa rémunération, et l’employeur acquitte à sa place l’impôt français (et, pour un Américain, américain) réellement dû, quel qu’en soit le montant. Le salarié n’est ni gagnant ni perdant du fait de sa mobilité ; l’employeur porte l’écart. Sous un tel package, l’employeur supporte l’impôt français du salarié : un régime qui le réduit réduit directement votre coût. Sous un package sans égalisation, il améliore sensiblement le net du salarié sans coût pour vous. Dans les deux cas, tout repose sur des documents que vous contrôlez, et ces documents doivent exister avant l’arrivée du salarié.

Abordez l’éligibilité au régime des impatriés dès l’offre plutôt qu’à la première déclaration. Rien n’est définitivement perdu si vous attendez — l’option forfaitaire demeure — mais vous aurez renoncé au choix entre les deux voies, et chiffré la mission sans l’économie.

Sécurité sociale : un système distinct, une décision distincte

La sécurité sociale ne suit pas la réponse fiscale. Pour le corridor France–États-Unis, elle relève de l’accord de sécurité sociale (dit de totalisation), et non de la convention fiscale — et les deux instruments ne définissent pas leurs termes de la même manière.

Un salarié envoyé temporairement des États-Unis en France peut en général rester affilié au régime américain pendant une durée limitée, à condition qu’un certificat de détachement (certificate of coverage) soit obtenu auprès de la Social Security Administration américaine avant le départ. À défaut, les cotisations françaises sont en principe dues — et les cotisations patronales françaises représentent une part du coût de la paie nettement plus élevée que les charges patronales américaines, ce qui explique qu’une ligne oubliée fasse dérailler le budget de la mission plutôt que de simplement contrarier le salarié.

Le point que presque toutes les politiques de mobilité oublient

Un salarié exempté de cotisations françaises au titre de l’accord est aussi en dehors de l’assurance maladie française. La Social Security Administration américaine indique que le salarié ou son employeur doit souscrire une assurance santé privée avant que l’exemption puisse s’appliquer. Budgétez-la, et inscrivez-la dans la lettre de mission.

  • C’est une demande, pas un statut. Quelqu’un doit la déposer, et elle expire.
  • Le formulaire A1 n’est pas l’instrument ici. Les certificats A1 s’appliquent dans l’UE, l’EEE et la Suisse. Pour le corridor américain, il s’agit du certificat de détachement prévu par l’accord de totalisation. Les prestataires habitués à la mobilité intra-européenne confondent régulièrement les deux.
  • Dans l’autre sens, un employeur français qui envoie un salarié aux États-Unis demande le formulaire SE 404-1 ou SE 404-2 auprès de la caisse d’assurance maladie française.

Transférer un salarié en France : ce qui retombe sur l’employeur, même sans entité française

Les entreprises supposent que sans entité française, il n’y a pas d’obligations françaises. Ce n’est pas fiable. L’impôt sur le revenu français est prélevé à la source, et l’obligation peut atteindre des employeurs établis hors de France dont les salariés sont imposables en France.

Un régime simplifié issu de la loi de finances pour 2023 remplace la retenue par des acomptes versés par le salarié — mais seulement pour les employeurs établis dans l’UE, l’EEE ou un État lié à la France par les conventions d’assistance requises, et seulement pour les salariés qui ne sont pas affiliés à la sécurité sociale française et dont l’activité en France est occasionnelle et non substantielle. Un salarié qui vit et travaille à temps plein en France sera normalement affilié à la sécurité sociale française et exercera substantiellement son activité en France, ce qui ramène l’employeur directement dans l’obligation de prélèvement complète. La simplification est bien plus étroite qu’elle n’en a l’air.

Savoir si un employeur américain peut ne serait-ce que prétendre au régime simplifié dépend de la lecture des clauses d’assistance de la convention franco-américaine. Prenez conseil avant de présumer dans un sens ou dans l’autre.

Actionnariat salarié (RSU, stock-options) : le sujet découvert trop tard

Si le salarié détient des RSU ou des options, le changement de pays modifie le lieu d’imposition du revenu. De manière générale, le revenu d’actionnariat salarié est rattaché aux jours travaillés sur la période d’acquisition (vesting) : une attribution faite dans un pays et acquise après le transfert peut donc être partagée entre les deux. La France applique en outre ses propres régimes aux attributions qualifiées, avec leurs propres conditions.

Conséquence pratique : le reporting par défaut de votre administrateur de plan a très peu de chances de refléter un transfert en cours de vesting. Signalez les salariés mobiles à la personne qui gère le plan avant la prochaine acquisition, pas après.

Un calendrier sur lequel les RH peuvent s’appuyer

Quand Quoi Responsable
Stade de l’offre Confirmer le type de mission ; vérifier l’éligibilité au régime des impatriés ; choisir la voie d’exonération et rédiger le contrat en conséquence RH + conseil fiscal
Avant l’arrivée Demander le certificat de détachement ; souscrire l’assurance santé privée ; lancer la procédure d’immigration ; confirmer la position de l’employeur au regard du prélèvement à la source RH + paie
Avant l’arrivée Projection de coût, y compris les cotisations patronales françaises si elles s’appliquent Rémunération + finance
Mois 1 Informer le salarié de sa situation déclarative dans les deux pays ; confirmer la date de résidence ; ouvrir le relevé des jours travaillés RH + conseil
En continu Tenir le relevé des jours travaillés ; signaler les acquisitions d’actions ; surveiller l’expiration du certificat RH
Année suivant l’arrivée Première déclaration française ; déclaration américaine le cas échéant Conseil
Année du départ Déclaration de départ ; clôture du dossier de sécurité sociale Conseil

Les cinq erreurs que nous voyons le plus souvent

  1. Confondre la réponse fiscale et la réponse sécurité sociale. Deux systèmes, deux analyses, deux demandes.
  2. Attendre la première déclaration pour se pencher sur le régime des impatriés. L’option forfaitaire restera généralement ouverte, mais le choix entre les deux voies — et la possibilité de chiffrer correctement la mission — aura disparu.
  3. Supposer que sans entité française, il n’y a pas d’obligations françaises.
  4. Pas de relevé des jours travaillés. Il ne se reconstitue pas de façon fiable un an plus tard, et la position de l’année d’arrivée comme la répartition des revenus d’actionnariat en dépendent.
  5. Deux prestataires qui ne se parlent pas. Un conseil français et un conseil américain qui ne se coordonnent jamais produisent deux positions défendables qui se contredisent.

Comment Expand CPA peut vous aider

Nous prenons en charge le volet individuel du corridor pour les équipes RH et Mobilité internationale : revue d’éligibilité avant l’envoi de l’offre, projections de coût, préparation des déclarations françaises et américaines du même salarié, et un interlocuteur désigné pour votre équipe mobilité plutôt qu’une relation par salarié. Parce que nous détenons les qualifications françaises et américaines, les deux positions sont réconciliées avant d’arriver à votre salarié.

Questions fréquentes

Notre salarié devient-il résident fiscal français dès son arrivée ?

En général oui, s’il s’installe avec son foyer et travaille en France — mais la résidence dépend d’un faisceau de critères, et la convention peut l’emporter sur la réponse de droit interne lorsque les deux pays revendiquent la même personne.

Pouvons-nous maintenir notre salarié à la sécurité sociale américaine ?

Souvent, pour une durée limitée, avec un certificat de détachement obtenu auprès de la Social Security Administration avant le départ. Il doit être demandé, il expire, et une assurance santé privée doit être en place pour que l’exemption s’applique.

Devons-nous pratiquer le prélèvement à la source en France sans entité française ?

Possiblement. Des obligations peuvent naître pour les employeurs étrangers dont les salariés sont imposables en France. Un régime simplifié plus étroit existe pour une activité occasionnelle et non substantielle en France exercée par des salariés hors sécurité sociale française — ce qui n’est pas la situation d’une personne qui s’est installée.

Quand la première déclaration française est-elle due ?

L’année suivant l’arrivée, pour l’année d’arrivée à compter de la date de début de résidence française.

Le régime des impatriés s’applique-t-il à une embauche locale ?

Il le peut, y compris en mobilité intragroupe sur contrat local, si les conditions sont remplies. Pour exonérer la prime pour son montant réel, elle doit figurer dans le contrat, le mandat social ou un avenant établi avant la prise de fonctions ; à défaut, l’option forfaitaire de 30 % reste ouverte.

Que deviennent les RSU non acquises ?

Elles sont en général réparties sur la période d’acquisition en fonction des jours travaillés, de sorte qu’une attribution peut être imposée en partie dans chaque pays. Prévenez votre administrateur de plan tôt.

Vous transférez un salarié en France ?

Nous cartographions les obligations des deux côtés avant qu’elles ne deviennent des régularisations. Nos services de mobilité internationale pour les employeurs.

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